Protection de la biodiversité près du mont Cameroun

Je suis Ndumbe Knollis Mokake, fondateur du Center for Agricultural Stewardship and Development (CASAD), une initiative menée par des jeunes au pied du mont Cameroun. Ayant grandi dans cette campagne au pied du mont Cameroun, j’ai pu constater par moi-même à quel point la vie des gens est intimement liée à la terre et combien cette relation devient fragile lorsque les écosystèmes se dégradent, que les conflits persistent et que le changement climatique s’accélère.

J’ai constaté les conséquences du changement climatique, de la dégradation des sols et des troubles civils persistants sur ma communauté. Ces réalités ont façonné ma vision du monde et alimenté ma passion pour les études environnementales et l’action citoyenne. Ils ont également contribué à forger ma conviction que les jeunes ne sont pas impuissants face à une crise. En tant que jeune engagé pour un monde meilleur, je me sens invincible. Non pas parce que les défis sont insignifiants, mais parce que ma détermination à agir est inébranlable. Les valeurs qui guident ma vie se résument en trois piliers : la curiosité, la compétence et la communauté. Ma curiosité m’a poussé à poser une question essentielle : pourquoi nos écosystèmes se dégradent-ils? Ma compétence s’est développée grâce à une expérience concrète de conservation, de consolidation de la paix, d’organisation et de développement communautaire. Mon objectif est de transformer nos expériences et nos difficultés en actions collectives pour un avenir meilleur. Ces valeurs ont inspiré la création de CASAD, une organisation œuvrant pour l’action climatique et la résilience sociale.

L’équipe CASAD dans un site de pépinière de la communauté de Bonavada. Crédit photo : Lovis Joy

Depuis des décennies, notre communauté dépend fortement de la biodiversité du mont Cameroun pour sa survie. Des activités telles que la chasse, l’exploitation forestière et l’agriculture ont longtemps été essentielles à ses moyens de subsistance. Cependant, au fil du temps, ces pratiques, conjuguées à la pression démographique, au manque d’alternatives et à une gouvernance défaillante, sont devenues de plus en plus insoutenables. La situation a été aggravée par les troubles civils persistants au Cameroun, qui ont provoqué des déplacements de population et intensifié les difficultés économiques.

Historiquement, la communauté de Bonavada a toujours dépendu de la biodiversité du mont Cameroun pour sa survie. La chasse, l’exploitation forestière et l’agriculture ont longtemps été essentielles à ses moyens de subsistance. Cependant, ces pratiques sont devenues de plus en plus insoutenables, notamment en raison des troubles civils qui secouent le Cameroun, provoquant des déplacements de population, des pertes de terres et des difficultés économiques.

Dans ce contexte, les intermédiaires exploitent souvent les populations vulnérables en leur proposant des prix dérisoires pour les produits agricoles ou les ressources forestières. Les personnes déplacées et les populations locales, n’ayant guère d’alternatives, sont contraintes de dépendre d’écosystèmes déjà appauvris pour survivre. Ce cercle vicieux a entraîné une dégradation croissante des sols, une baisse de la productivité agricole, l’insécurité alimentaire, la pauvreté et la malnutrition. Le chômage des jeunes est généralisé et nombre d’entre eux n’ont pas accès aux compétences de base ni aux opportunités, ce qui les rend dépendants de pratiques agricoles non durables ou de l’aide extérieure.

Constater cette réalité nous a clairement fait comprendre que la restauration des terres était indissociable de celle de la dignité, des moyens de subsistance et de l’espoir. Notre équipe, composée de jeunes diplômés et de jeunes autochtones ayant grandi en subissant de près les effets néfastes des changements climatiques et de la dégradation des sols, a pour objectif de restaurer l’écosystème auquel nous sommes culturellement liés. C’est ce qui nous a motivés à lancer, en partenariat avec CASAD, l’initiative Résilience et Restauration. Cette initiative vise à sensibiliser la population locale, les jeunes et les femmes en les formant à l’agriculture biologique et à la transformation des aliments, et en créant des pépinières. Ensemble, en tant que communauté, nous plantons des arbres fruitiers et non fruitiers et promouvons des pratiques d’utilisation durable des terres grâce à la formation communautaire, l’agriculture climato-intelligente, la plantation d’arbres, l’implication des jeunes et l’intégration de la conservation aux moyens de subsistance.

Animation d’une formation sur la transformation et la transformation des aliments dans la communauté de Bonavada. Crédit photo : Junior Fuagni

Nous organisons des démonstrations pratiques en distribuant des outils agricoles et en proposant des formations et une participation active dans nos pépinières. Nous allons plus loin en diffusant des connaissances sur les espèces économiquement viables et en promouvant des moyens de subsistance qui incitent les populations à ne pas détruire les espèces riches en biodiversité pour assurer leur survie.

Les essences d’arbres que nous promouvons sont soigneusement sélectionnées pour leurs bienfaits écologiques et sociaux. Nombre d’entre elles contribuent directement à réduire la malnutrition en fournissant des aliments nutritifs, tandis que d’autres aident à stabiliser les sols, à réguler les cycles de l’eau et à atténuer les effets du changement climatique. Ainsi, la restauration devient un chemin non seulement vers la régénération de l’environnement, mais aussi vers une meilleure santé et une plus grande stabilité économique.

L’équipe de CASAD sur un site de pépinière d’arbres en compagnie de représentants de la communauté de Bonavada. Crédit photo : Njeke Joshua

Notre approche unique intègre la restauration écologique, sociale et économique en collaborant avec les chefs traditionnels, les jeunes, les femmes et les écoles, et en les impliquant activement. Certains de ces acteurs, autrefois responsables de la dégradation des terres et de la déforestation, font désormais partie de la solution. Cette approche participative instaure la confiance, renforce la cohésion sociale et transforme la restauration, d’une intervention extérieure, en une responsabilité partagée.

Grâce à notre initiative de résilience et de restauration menée en partenariat avec CASAD, nous envisageons un avenir où la communauté de Bonavada prospère, où personne ne souffre de la faim et où notre écosystème montagnard et ses habitants vivent en harmonie. La restauration menée par les jeunes est essentielle pour les populations et la planète, car ce sont eux qui pilotent les efforts de restauration des terres, apportant innovation, détermination et perspectives nouvelles qui contribuent à préserver notre avenir.

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